
Graffmatt: “Le fluo met en lumière et donne l’éclat à mes créations”
Violaine Pondard • Posté le 1 octobre 2026
Véritable figure montante des arts urbains, GraffMatt fait partie de ces artistes sur qui il faut désormais compter. Né en 1986 et originaire de Chambéry en Savoie, il mixe les techniques issues du dessin et du graffiti. Il crée des œuvres où le réalisme se mêle au fantastique. À la fois sombre et lumineux, son art est fait de contrastes fluorescents qui sont au fil du temps devenus sa signature. Rencontre avec un artiste singulier dont la patte artistique et les oeuvres ne laissent personne indifférent!
L’art a-t-il toujours fait partie de ta vie lorsque tu étais enfant ou est-ce récent?
Je suis né dans une famille d'artistes. Ma mère est peintre, elle exposait déjà en Suisse quand j'étais enfant. J’ai grandi dans son atelier, attiré par les odeurs de peinture et de térébenthine. Je lui subtilisais ses pinceaux pour créer de mon côté! Quant à mon père, il était photographe en station de ski, puis il a monté sa boîte de graphisme. Il a alors évolué avec les logiciels qui se sont créés petit à petit. J’ai donc été bercé dans cet environnement artistique et visuel.

Y avait-il pour toi une logique de prendre ce chemin également?
Pas tant que ça finalement. Dans ma tête, je ne pensais pas devenir artiste peintre. À l’école, ma scolarité était compliquée, j’étais tout le temps dans la lune. Gamin, je dessinais beaucoup et j’avais toujours un crayon à la main! Mais j'ai pris conscience qu’il ne suffisait pas de savoir dessiner, il fallait aussi faire des études. Alors j'ai réussi à intégrer de justesse une école à Lyon, La Martinière Diderot. J'ai fait un bac STI Arts Appliqués et un BTS Communication Visuelle. On dessinait énormément, il y avait des cours d'observation. Ces études étaient très liées au papier, à l’imprimé. Donc, j’ai appris toutes les techniques d'impression, les papiers, les supports. C'était passionnant. À l’époque, j’ai eu beaucoup de conseils qui m’ont fait peur concernant le métier d’artiste. Je regrette de les avoir écoutés, parce que j’aurais peut-être fait les choses différemment. Le dessin était encore considéré comme un hobby et pas un métier. Pourtant, je pense que quand on se donne les moyens, comme dans tout je pense, on peut réussir. Heureusement, mes parents n’ont jamais lâché et j’ai eu la chance qu’ils me poussent à fond dans mes projets.

Tu as donc commencé ta carrière plutôt derrière un écran d’ordinateur…
C’est ça, j’ai enchaîné les petits boulots dans le graphisme. C’était une sécurité pour moi. Mais ce n’était pas si éloigné du dessin. Pourtant, je sentais vite les limites. Par ailleurs, je sais que j’aime beaucoup l’autonomie, l’indépendance. À côté, je dessinais, et je commençais même à vendre mes travaux. Et là, je me suis rendu compte que je pouvais en faire une réelle activité. Alors, en 2018, je me suis mis à mi-temps pendant six mois, épaulé par mon patron de l’époque, pour me lancer dans la peinture en parallèle. Et puis finalement, j’ai décidé de me concentrer sur la peinture à 100 %, c'était le grand saut!

Expositions, galeries, foires, festivals, tu commences à enchaîner les collaborations…
Je vendais sur Internet, en direct, puis sur des plateformes. J’ai avant tout commencé à travailler avec Carré d'Artistes, qui m’ont vraiment propulsé en me faisant confiance. Puis j’ai rencontré Greg d’Urbaneez qui a commencé à défendre mon travail sur sa plateforme et sur différentes foires d’art. Grâce à lui, j’ai participé à une formidable exposition au Musée Olympique de Lausanne durant les Jeux olympiques de Paris en 2024, et j’ai exposé dans des foires de renoms telles que District 13, Urban Art Fair, Affordable Art Fair de Bruxelles ou encore Lille Art Up! mais ce n’est pas encore fini!

Dans ton parcours artistique, quelle est la place qu’occupe l’art urbain?
Depuis gamin, j’ai toujours été fasciné par la rue. J'allais souvent en vacances à Paris, chez ma grand-mère. Je me baladais volontairement dans les endroits un peu chauds de Paris: les banlieues, derrière le périph... juste pour l'ambiance. Mais ce qui, plus tard, m'a amené à la peinture, c'est véritablement l'urbex. Des lieux qui avaient vécu, que ce soient des résidences, des usines, des hôpitaux, qui ont été abandonnés mais qui conservent leur âme, qui laissent des traces. Mon père m’a donné le goût de la photo, et j’en faisais beaucoup en urbex. Et j'y ai rencontré des graffeurs. J’ai commencé à peindre avec eux. Mais j'étais un peu frustré parce que ça n'allait pas aussi vite qu'eux. Ils avaient déjà une dextérité, une maîtrise des lettrages en deux secondes. Moi, je voulais vraiment faire du portrait. Et ça demandait plus de temps. De retour à Chambéry à la fin de mes études, j’ai créé avec d’autres artistes le collectif « La Maise ». Il n'y avait pas que du Graffiti, mais le fil conducteur, c’était quand même le muralisme. Il y en avait qui débutaient un peu comme moi, et d’autres plus expérimentés qui ont pris le temps de m’apprendre, ça m’a alors mis en confiance et c’est à cet instant que j’ai repris la bombe.

Reconnaissable parmi les autres artistes, comment qualifies tu ton style artistique?
L’urbex inspire mes tableaux. L’histoire d’un vécu, c'est ce que je retranscris. Cette fragilité qui se rapporte à quelque chose de sombre, contrasté par de la couleur, ce qui donne à mes œuvres une intensité presque cinématographique. Issu du dessin, j’utilise les techniques du Graffiti. J’aime le rendu: le grain, la texture. Je joue sur le figuratif, avec des thématiques très urbaines, imprégnées de la culture de rue. J’y apporte des effets contemporains travaillés, de la giclure, de la matière, tout ce qu'on peut retrouver aussi sur les murs abandonnés. C'est un mélange entre réalisme et déstructuré, quelque chose qui est un peu graphique et fragile. Le mix des techniques me permet de retransmettre ça. L'acrylique mélangé à l'aérosol crée un effet chimique, une incompatibilité qui provoque du grain. C’est ce que j’adore! Ce côté grunge, je l’exploite à fond. Je travaille les portraits, issus de photos pour l’attitude, mais le reste je l’invente. Je rêve aujourd’hui de pouvoir créer mon propre personnage.

Est-ce que tu t’es inspiré d’artistes existants?
Au début, mes œuvres étaient très sombres et chargées, elles faisaient penser à Enki Bilal. À l’école, on doit s’inspirer d’artistes et de techniques. Moi, j’ai eu le raisonnement inverse: il me fallait trouver quelque chose qui me dissociait de lui, et des autres artistes aussi. La couleur y a participé et notamment le fluo. Cela m’a apporté un côté graphique, pêchu, qui crée du contraste. J’ai donc utilisé le fluo pour éveiller, mettre en lumière, donner de l’éclat à mes créations. Et puis, j’ai squatté tellement d'endroits qui étaient abandonnés, que j'ai commencé à faire de la récupération de matériel, sans trop savoir quoi en faire au départ. Mais finalement, à force d'accumuler et en plus des œuvres sur toiles, j’utilise ces supports pour créer des œuvres customisés: panneaux agglomérés, planches de bois, carton, petits meubles aussi, palettes… Du matériau qui possède déjà de la texture, du relief, des effets de profondeur, d'épaisseurs. C'est ce qui donne à mes œuvres, quelque chose de plus expressif et surtout vivant.

Quels sont les sujets de prédilection que tu évoques au fil de tes œuvres?
Je peins essentiellement des portraits et paysages urbains en mettant en lumière la force et la fragilité de l’humain dans son environnement. Je m’interroge sur le fait que ce soit l'environnement qui fabrique l'homme ou l'homme qui fabrique son environnement. Les portraits semblent de plus en plus pris sur le vif et mon travail évolue désormais vers une forme où l’humain fait corps avec l’urbain. Je ne propose pas de messages politiques, mon idée n’est pas que mon art soit revendicateur mais plutôt de faire un lien avec l'actualité.

Pour finir, quels sont tes prochains projets?
Je suis toujours en recherche de cet équilibre entre les peintures en atelier, les expositions, les live painting et les fresques. En 2026, j’ai commencé le mois de janvier avec la foire District 13 Art Fair, en parallèle de l’exposition 100 % Paper, puis j’ai participé à la foire Affordable Art Fair à Bruxelles en février et Lille Art Up! au mois de mars, et j’ai ensuite enchainé plusieurs festivals de Street Art jusqu’à ma dernière exposition en Belgique au mois de septembre. En parallèle, je prépare un projet d’édition en illustrant la vie en bande dessinée de Darco, avec Tarek au scénario. D’origine allemande, Darco est l’un des pionniers du graffiti en France. Je m’occuperai surtout de la partie décor, et Darco fera des featurings: il interviendra directement sur mes fonds avec ses flops et ses lettrages. C’est un honneur pour moi de participer à ce projet. Quand j’ai rencontré Darco et qu’il m’a raconté sa vie, j’ai trouvé ça fascinant. Cet artiste est humble, réservé, et pour une fois il se livre. Cette bande dessinée sera une véritable mise en abîme. Quant au prochain rendez-vous, vous pourrez me retrouver à la foire Art Montpellier qui se tiendra du 26 au 29 novembre au Parc des Expositions mais également et surtout à l’incontournable foire District 13 à Paris du 7 au 10 janvier 2027.
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